Journax intimes Mémorial

Compte-rendu par Véronique Leroux-Hugon

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, le Mémorial de la Shoah a présenté exceptionnellement dimanche 21 septembre 2025 des Journaux intimes conservés dans ses collections, évènement auquel s’ajoute une après-midi consacrée à ces journaux étudiés par les historiennes Marie Moutier-Bitan et Sarah Gruszka.

En proposant de discuter des journaux intimes de Jacques Wormser, de son épouse Janine, et de celui d’Ines Wormser, la mère de Jacques, qui suivent entre 1939 et 1944, les trajectoires parallèles de chacun d’eux, elles partagent pour la première fois leurs travaux mettant en avant l’existence rarissime de ces documents croisés, en présence de Gilles Valmont, le fils de Jacques et Janine.

Sarah Gruszka  a travaillé sur les journaux des ghettos écrits pendant le siège de Leningrad, sur lesquels elle a publié un livre. Elle pilote maintenant le projet franco-allemand d’ « Holocaust diaries ».

Karen Taïeb archiviste du Mémorial  ouvre la discussion, en soulignant que le journal personnel (plus qu’intime) est « Le » document d’archive par excellence, suscitant des questions et le début d’une enquête quasiment policière. Si l’on a en tête   les exemples remarquables des journaux d’Anne Frank ou d’Hélène Berr, il en est bien d’autres, comme ceux archivés ou exposés au Mémorial.

Gilles Valmont expose ensuite sa redécouverte de carnets  dans une cave après avoir été oubliés longtemps  et qu’il décide d’examiner. A 75 ans, il se met à leur lecture et effectue un travail considérable pour restituer ces carnets tenus dans un climat de peur constante et écrits dans un langage codé. C’est une pratique quotidienne et collective de cette famille qui vit avec la crainte des vols et des dénonciations d’autant plus qu’ils n’ont plus que des ressources clandestines, En 1940, la famille descend dans le Sud et passe en Espagne par les Pyrénées en 1943. Gilles Valmont  décrit son travail : identifier ces carnets, les décoder, les remettre au Mémorial en 2017, malgré des réticences.

Judith Lyon-Caen signale en effet les appréhensions des survivants à faire connaître ces documents douloureux à relire : ainsi sa propre mère ne voulait pas lire celui de sa grand-mère. En effet, ce type de sources, contrepoint à l’histoire officielle, permet de percevoir l’univers mental du diariste : « on pénètre dans le regard de celui qui ne sait rien de sa survie » souligne Judith Lyon-Caen. L’historienne insiste également sur la nécessité d’une méthodologie, l’intérêt de travailler sur des séries de ces journaux singuliers qui suscitent parfois les réticences des historiens.

Pourtant Raoul Hillberg comme Saül Friedlander ont rappelé l’importance des histoires de survie, dont la trajectoire (oublis, redécouvertes) est fondamentale, car intervient la notion de devoir familial, la dimension pédagogique de ces dépôts, mais quelquefois la réticence des familles (ici narrée par Mariette Job à propos du journal d’Hélène Berr) et une volonté générale de ne pas revenir sur ces années maudites entre 1945 et 1975.

Kathy Hazan, autrice de Rire le jour, pleurer la nuit, les enfants juifs cachés dans la Creuse pendant la guerre (1939-1944) (Calmann-Lévy, 2014) a ensuite présenté le Journal de Chabannes, inséré dans ce livre. Chabannes est une des maisons de l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) où un journal a été tenu par ces enfants menacés, sauvés fût-ce temporairement, dans ces abris où des méthodes pédagogiques nouvelles étaient mises en œuvre. Le journal, présent dans l’exposition citée plus haut est entré au registre de la mémoire du monde à l’UNESCO.