Couverture Découvrir l'écho des signes

L'astre bleu éditions, 168 pages, 17 €

Note de lecture par Roseline Combroux
Comme l’explique la quatrième de couverture, c’est « l’histoire de la rencontre entre une femme sourde et une femme qui ne l’est pas ». Mathilde, la narratrice, découvre le monde des Sourds par hasard grâce à une pièce de théâtre où toutes les comédiennes sont sourdes. Fascinée par cette « langue chorégraphiée » elle se lance dans une quête d’informations sur les Sourds et la langue des signes. En elle, les questions se bousculent, elle veut en savoir davantage. Elle décide de prendre contact avec Agathe, une des comédiennes qu’elle a vu jouer.

Là commence l’aventure. À leur première rencontre, Agathe n’est pas seule, Julie son interprète est présente, sans elle, la communication ne serait pas possible. Mathilde, un peu déçue, doit s’adapter, Julie lui précise « Ma voix est la sienne quand je parle à la première personne c’est elle qui parle, moi je n’existe pas, je ne suis pas là. ». Au fil du temps, ce trio devient inséparable.

La première découverte de Mathilde : la tradition veut que chaque personne ait un nom en langue des signes, Agathe, Celle qui réfléchit, la nomme Nez retroussé. Puis elle l’incite à l’interroger sans se censurer. Après l’avoir questionnée sur comment elle se débrouille dans la vie quotidienne (retard de train, alarme, en voiture…,), ce qu’est la mer, la forêt…, comment faire des confidences, se mettre en colère…, Mathilde ose la questionner sur ses relations amoureuses, son intimité…

Agathe l’immerge dans son monde, ce qui donne lieu à des moments savoureux tels que la commande d’un verre de vin rouge dans un café, où l’on s’aperçoit que les Sourds sont des gens joyeux. La soirée en boîte de nuit est un summum dans la découverte de ce milieu. Mathilde perd tous ses repères, dans cette soirée c’est elle l’exception, en effet quand tout à coup la musique s’arrête elle est la seule à s’arrêter de danser mais ce n’est pas le silence, « des rires, des souffles, petits cris, des grattements de gorge » autant de bruits que produisent les Sourds.

Elle découvre aussi qu’il existe des chansigneurs (chanteurs en langue des signes), de la poésigne (poésie sourde), du Visual Vernacular (sketch, mime…).

In fine Mathilde décide d’apprendre la langue des signes, on la suit dans ses balbutiements, ses doutes, ses premiers succès.

Ce récit autobiographique est porté par l’écriture de l’autrice qui manie avec autant d’aisance la poésie, l’humour, la description des situations, la précision des sensations, intégrant avec habileté des informations factuelles, techniques… La forme donne un rythme au récit, les nombreux dialogues, alternent avec les questionnements de Mathilde, ses notes accompagnées de dessins dans son Cahier des premiers pas vers la connaissance des Sourds, les pensées d’Agathe observant Nez retroussé et parsemées de ci de là dans le texte « Elle la regarde réfléchir. Elle est émue par ses questions. Souvent on l’interroge sur sa vie… mais rares sont ceux qui cherchent à aller au-delà des interrogations quotidiennes ». Ce livre m’a beaucoup touchée et instruite, il déconstruit les repré-sentations que l’on peut avoir sur les Sourds. Comme beaucoup j’éprouvais de la compassion, m’apitoyant sur leur sort. Comment vivre heureux sans entendre ?

Maintenant je sais.