Michel Blanc

                                              Michel Blanc (1939-2026)
Michel Blanc ou l’élégance ─ il a même eu celle de nous quitter une fois seulement les Fêtes de fin d’année passées… On se souvient de ces biographies d’antan où un personnage historique était associé à telle qualité ou telle vertu. “Notre” Michel Blanc, lui, était assurément une figure historique de l’APA. Il était le premier à (se) jouer de son homonymie avec l’acteur de la troupe du Splendid. Réservant, par exemple, une table dans un restaurant par téléphone, il s’entendait répondre : “Vous êtes Michel Blanc ─ vous aurez la meilleure table !” Grand était l’étonnement quand il apparaissait dans l’établissement : “C’est vous, Michel Blanc ?” Et de proposer de produire sa pièce d’identité… Lui, toujours stylé, avait une impeccable chevelure blanche avec des sourcils noirs : on ne pouvait pas ne pas le distinguer. Membre du groupe Paris-1 réuni autour d’Elisabeth Cépède, Michel était de toutes les manifestations apaïstes ─  Journées de l’autobiographie, Tables rondes, Journées du journal organisées par Gilles Alvarez.

Les recherches de Philippe Lejeune ne légitimèrent pas seulement ses chères “demoiselles” (Le moi des demoiselles, Seuil, 1993). Je suppose qu’elles confortèrent aussi Michel dans sa pratique du journal quotidien, tenu dès l’âge de 16 ans. C’était un diariste passionné et passionnant. Je ne me le rappelle pas parlant de lui, mais il était intarissable sur les diaristes qu’il avait lus et, parfois, côtoyés. Voir les “Conversations avec Claude Mauriac” qu’il a déposées à Ambérieu. Ne se mettant jamais en avant, il avait plaisir à les rendre présents et vivants.  Quel souvenir que la rencontre avec Rita Gombrowicz, la pétulante veuve de Witold au journal sans pareil ! Michel était tout aussi éloquent à l’évocation de Ninon de Lenclos (1620-1705) : il en parlait avec émotion comme d’un amour de jeunesse, à croire qu’il avait fréquenté son salon de la rue des Tournelles… Il était de la race des conteurs écouteurs. Terme ici employé à dessein. Inemployable aujourd’hui, banni par le politiquement correct que Michel honnissait, même si c’était encore de son incomparable douce voix. À l’ère de l’IA et de son n’importe quoi triomphant avec son langage prémâché pour esprits rassis, Michel Blanc, la curiosité constamment en éveil, ouvert à l’autre, était un être racé. On n’en a jamais assez.
                                                                                      Denis Dabbadie