Que lisaient les femmes du XIXe siècle, et surtout comment ? Dans dernier son essai, Le pouvoir des lectrices (CNRS éditions, mars 2025, 352 p.), l’historienne Isabelle Matamoros part de récits de lectrices pour raconter ce qu'elles avaient le droit ou non de lire. En début d’émission, elle dit tout le bien qu’elle pense des travaux de Philippe Lejeune et du fonds de l’APA où elle trouvé des pépites.
Dans les années 1800-1840 domine l’idée que les lectrices ne s’approprieraient pas correctement les livres. Leur accès au savoir est limité, sous peine de mettre en péril l’équilibre entre les sexes. Contre ces préjugés, Isabelle Matamoros nous plonge au plus près du quotidien des lectrices et de leurs pratiques. Elle propose non une histoire des représentations et des discours sur la lecture des femmes, mais une histoire genrée de la lecture avec les femmes. Que lisaient-elles ? Quel sens donnaient-elles à leurs lectures ?
Ce qui rapproche les femmes qui composent la biographie chorale de ce livre c’est qu’elles lisent. Un peu, beaucoup ; dans leur jeunesse ou tout au long de leur vie ; de manière hésitante ou plus experte ; des romans, de l’histoire ou de la philosophie ; seules, par-dessus l’épaule d’un frère ou d’un père, entre femmes, ou en société.
Si les récits des femmes ici convoqués témoignent du poids des normes, ils laissent surtout transparaître de nombreux usages du livre : se distraire, s’échapper du quotidien, débattre, apprendre, enseigner, ou agir en politique. Et surtout, dans une France corsetée par le Code civil, le désir de s’émanciper.