En sous titre : How diarists chronicle their lives and document our world, Beacon Press, Boston, février 2026, 256 p.
Un voyage au "Diary-land"
A l’automne 2024, le siège de l’APA à Ambérieu reçoit la visite d’une sympathique journaliste américaine, Betsy Rubiner. Elle nous explique qu’elle fait la tournée des associations européennes de l’autobiographie, en vue d’un livre qu’elle souhaite écrire sur les pratiques actuelles du journal personnel.
Aujourd'hui sont parvenus plusieurs exemplaires de ce livre, Our diaries, ourselves (c’est-à-dire « Nos journaux, nous-mêmes »), qui développe de manière très concrète, en douze chapitres, la problématique du journal. Ce domaine que Betsy surnomme le « Diary-land » est habité par les diaristes et les lecteurs de journaux ; il a ses us et coutumes, ses questionnements, ses rituels. L’auteur a rencontré de nombreux diaristes pour essayer de comprendre l’attrait de l'écriture du journal chez nos contemporains. Elle-même a tenu son journal depuis l’âge de 9 ans et s’est demandé un beau jour ce qu’il deviendrait quand elle ne serait plus là : elle a trouvé la réponse avec l’existence d’une structure recueillant les écrits de femmes, le Women’s Archives à l'université de l’Iowa.
Le livre de Betsy est passionnant parce qu’il réussit à réunir à la fois des données sur la pratique du journal intime en général – nécessaires pour situer son propos – et des exemples précis venant chaque fois à l’appui de son questionnement. Cela commence par une tentative de définition, qui consiste entre autres à écarter ce qui n’est pas un journal… Parmi les questions abordées, qu’il n’est pas possible de développer ici : le caractère privé et public du « journaling » et des journaux numériques ; pourquoi nous écrivons des journaux ; est-ce que les journaux nous font vraiment du bien ? avec le débat sur les bénéfices thérapeutiques éventuels de l’écriture ; est-ce que les journaux nous aident vraiment à créer ? (et je vais reprendre ici les paroles qu’elle cite de Susan Sontag : « Dans le journal je ne fais pas que m’exprimer plus ouvertement que je ne pourrais le faire devant personne ; je me crée moi-même. Le journal est le support de mon sens de l’identité. » (entrée du 31 décembre 1957 dans Renaître - Journaux et carnets 1947-1963, éd. Christian Bourgois)). Pourquoi nous lisons les journaux des autres, qu'est-ce que cela nous apprend. Pourquoi il faut conserver les journaux des gens « ordinaires » : Rubiner est bien consciente de l’apport que ces textes peuvent fournir à l’histoire sociale, à l’anthropologie. Elle cite Irving Finkel (du Great Diary Project, UK) : « Aucune autre sorte de document ne propose une telle richesse d’informations sur la vie quotidienne, les hauts et les bas de l’existence humaine. »
Enfin, dans le cadre du récit de ses visites aux centres d'archives en Europe (une dizaine de structures), elle consacre deux pages à l’APA, qui rendent parfaitement compte de notre rôle et de nos activités : qu’elle en soit remerciée !
Note de lecture par Elizabeth Legros Chapuis